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Publi le mercredi 28 mai 2003

Mercredi 28 mai 2003

HOLLYWOOD
L’homme qui rêve de Hollywood -------------------------------------------------------------------------------- Tel un enfant dépossédé de ses jouets avant d’avoir eu le temps de s’en lasser, le milliardaire Edgar Bronfman Junior veut récupérer «son» Studio et «ses» disques. Autrement dit, la branche américaine du groupe Vivendi Universal (VU), dont sa famille était le principal actionnaire avant de céder aux sirènes de Jean-Marie Messier et de Pierre Lescure. Le play-boy canadien de 47 ans a donc démissionné de tous les postes qu’il occupait encore dans la société, pour présenter une offre de rachat au PDG Jean-René Fourtou. On dit qu’il serait prêt à mettre 20 milliards de dollars sur la table pour éloigner les patrons de la communication qui négociaient avant lui: Marvin Davis d’une part; Barry Diller et John Malone de l’autre. Jean-René Fourtou doit être soulagé: il pourra faire monter les enchères entre ces nababs, pour tirer le maximum de ses possessions à Hollywood. Pour Bronfman, l’opération est douloureuse. Son union avec Vivendi a fait perdre des milliards à sa famille. Les Français lui avaient vendu un beau rêve: en mariant le cinéma et la musique de sa société Universal avec les activités de téléphone, d’internet et de télévision de Vivendi et de Canal+, ils allaient pouvoir distribuer images et musique n’importe où, n’importe quand, sur n’importe quel instrument: TV, téléphone ou ordinateur. On sait ce qu’il advint: ni la technologie, ni les usages, n’ont encore rejoint cette vision. Les gens préfèrent toujours regarder les films dans un cinéma, ou sur leur écran de télévision, plutôt que sur leur téléphone mobile. Les synergies attendues entre les branches de l’empire ne se sont jamais matérialisées. Et la valeur boursière de Vivendi Universal s’est effondrée, parce que le groupe a évité de justesse un dépôt de bilan. Mauvais choix pour Edgar, qui avait convaincu sa famille de vendre ses participations dans des entreprises bien solides (les alcools Seagram, et le chimiste DuPont), pour acheter les studios Universal, puis les échanger ensuite contre une participation dans VU. Il leur a fait perdre ainsi plus de la moitié de leur fortune! Comment se racheter? En pariant sur le retour en grâce du cinéma et de la musique en Bourse. Car aujourd’hui, plus aucun investisseur ne veut mettre une fortune dans ces activités, dont l’avenir est obscurci par le piratage. A ces niveaux de prix, Bronfman se dit qu’il n’a plus rien à perdre: il souhaite reprendre ses biens, puis attendre que Wall Street remonte, pour les revendre, et faire oublier ses erreurs… Peut-être a-t-il été inspiré par l’exemple de Kirk Kerkorian, un milliardaire qui a acheté puis revendu trois fois le studio MGM, arrondissant à chaque fois son pécule! Edgar Bronfman Junior a ainsi réussi à convaincre de nouveaux investisseurs de le suivre. S’il l’emporte, il sera à nouveau un roi de Hollywood. Car lui, le fils de famille, préfère ce qui brille à ce qui rapporte. CLAUDE SOULA Claude Soula

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-28 12:27:17
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