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Publi le samedi 31 mai 2003
Samedi 31 mai 2003
GEORGE CLOONEY
PORTRAIT DU FILM FRANCAIS
George Clooney
Acteur, réalisateur
Affable, simple et passionné, George Clooney est loin de l’image d’Épinal que l’on se fait de la star hollywoodienne. Il faut dire que l’acteur aime le cinéma, et cela se sent. À l’occasion de la sortie en juin de son premier film – réussi – en tant que réalisateur, Confessions d’un homme dangereux, il parle avec franchise de ses choix cinématographiques et de ses rapports avec l’etablishment hollywoodien.
Qu’est-ce qui vous a amené à passer derrière la caméra pour Confessions d’un homme dangereux ?
Je n’avais pas à l’origine une véritable envie de réaliser un film un jour ou l’autre. On m’a proposé le script de Confessions d’un homme dangereux il y a cinq ou six ans et c’est le meilleur scénario que j’ai pu lire depuis de longues années. Beaucoup d’acteurs et de réalisateurs y ont été attachés, beaucoup de versions du scénario ont été faites sans que jamais rien n’aboutisse. Finalement, j’étais tellement attaché à l’histoire originale telle que je l’avais découverte que j’ai décidé de le reprendre moi-même. J’ai renoncé à tout salaire en tant qu’acteur et producteur tout en me lançant dans la réalisation. Je voulais à tout prix que ce film existe.
Le destin de Chuck Berry, animateur vedette de la télé qui devient espion avant de sombrer dans la folie, est assez étonnant…
C’était une star aux États-Unis et son parcours a fait scandale… Il a incarné une certaine libération des mœurs dans les années 70 à travers ses jeux télévisés. Il se voyait comme une rock-star, comme une sorte de Dieu. Pourtant, le challenge pour moi était de ne pas faire une biographie fidèle mais de faire vivre Berry comme un personnage à part entière, afin que le film puisse être compris hors des États-Unis, où on ne connaît pas forcément ce personnage hors normes. J’ai voulu montrer le cheminement d’un homme qui n’a jamais réussi à faire des choix dans sa vie et qui a fini par se perdre totalement.
Selon vous, a-t-il été l’un des précurseurs de la trash TV telle qu’on la connaît actuellement ?
Il a certes aidé à dévergonder la télévision américaine à une époque où tout était encore très figé. Mais, même s’il a créé de nouveaux concepts comme les dating-games [à l’instar en France de Tournez Manèges, Ndlr], il n’avait pas la volonté de provoquer. Il a juste profité d’un vent de liberté qui soufflait à cette période. Chuck Berry ne cherchait pas à choquer à tout prix, même s’il l’a fait inconsciemment. Il a juste profité d’un système, sans se rendre compte qu’il a aidé à repousser certaines limites…
Il y a une brochette de petits rôles et d’apparitions dans votre film où l’on retrouve Julia Roberts, Matt Damon ou Brad Pitt. Seul un acteur peut arriver à les convaincre d’accepter cela ?
Ce sont des amis, voilà pourquoi ! Cela m’amusait de faire venir Brad Pitt ou Matt Damon à Montréal pour une journée de tournage, sans scénario ni dialogues, juste pour faire de la figuration aux détours d’un plan…
Vous semblez avoir été influencé par le travail et la patte de cinéastes dont vous êtes proche comme Steven Soderbergh, Roberto Rodriguez ou les frères Coen…
À cela près, qu’eux et moi avons toujours eu comme envie de retrouver la patte de ceux qui ont fait le grand cinéma américain des années 60 et 70 : Mike Nichols, Alan J. Pakula, Hal Hashby ou Bob Fosse. J’ai tenté dans Confession d’un homme dangereux de m’inspirer de leur style, de cette manière qu’ils avaient de faire de la caméra un personnage à part entière de l’action. Chuck Berry est également un personnage qui n’évolue pas, qui ne passe par aucun cheminement moral pour changer ou se bonifier. Il est à l’image des héros de certains des grands films des seventies que j’apprécie entre tous. Pour moi, l’une des références essentielles de cette période demeure Ce plaisir qu’on dit charnel de Mike Nichols…
C’est aussi pour retrouver l’essence de cette génération de metteurs en scène que vous êtes devenu producteur avec votre ami Steven Soderbergh ?
Là encore, il n’y avait pas de ma part une envie fondamentale de devenir producteur, mais ce sont des scénarios et des rencontres qui nous ont poussés à nous investir sur des films difficiles ou différents comme Bienvenue à Collinwood d’Anthony et Joe Russo, Memento de Christopher Nolan ou encore Loin du paradis de Todd Haynes. Tout cela en essayant de profiter au mieux du système hollywoodien. Bien sûr, les studios misent sur nos noms et nous proposent constamment des scénarios de blockbusters alors qu’ils n’ont plus le courage de produire des films plus difficiles ou intimistes. Mais l’objectif que nous avons avec Steven n’est pas de faire 500 M$ de recettes sur chacune de nos productions, mais de tenter de refaire aujourd’hui ce que Coppola ou Lucas ont initié dans les années 70 : profiter de leur renommée pour faire venir de vrais auteurs au sein des grands studios. Nous faisons office de protecteurs et d’incubateurs. Nous avons un accord non exclusif avec Warner, nous disposons du final cut en tant que producteurs et nous, nous le rétrocédons aux réalisateurs. Cela s’est passé de la même façon avec Miramax pour Confessions…
Vous poursuivez un parcours assez atypique à Hollywood. Vous êtes une star, vous avez connu la gloire à la télévision, vous défendez le cinéma d’auteur, vous semblez à l’aise dans les blockbusters comme dans les petites productions…
Certains pensent parfois que je suis nonchalant, mais ce n’est pas vrai. La télévision et le cinéma ont véhiculé une image qui n’est pas totalement la mienne. Je suis quelqu’un qui cherche avant tout à prendre du plaisir dans le travail qu’il fait, c’est pourquoi je renie très peu des choses que j’ai faites. Lorsque j’ai débuté ma carrière, j’ai tourné dans une série de navets car il fallait que je mange. Mais je garde un excellent souvenir de cette période. J’ai beaucoup aimé tourner dans Urgences, car si la série m’a fait connaître du grand public, elle m’a surtout amené de vraies joies en tant qu’acteur. Je garde d’ailleurs des contacts avec plusieurs des acteurs de la série : Noah Wyle, Eriq La Salle ou Juliana Marguiles. C’est également la recherche du plaisir qui m’a fait travailler avec des auteurs comme les frères Coen ou Steven Soderbergh. Ce n’était pas calculé de ma part. Je ne me suis jamais dit : “Tiens, je vais faire un film d’auteur à petit budget pour étonner le public et les critiques et pouvoir me retrouver en sélection au Festival de Cannes.”
Comment avez-vous vécu l’échec de Solaris où vous jouiez une nouvelle fois sous la direction de Steven Soderbergh ?
C’était un film essentiel pour Steven, mais il faudra dix ans pour qu’on le reconnaisse à sa juste valeur. Au moment de la sortie du film, les responsables de la Fox ont pris peur, ils se sont un peu désintéressés de Solaris en le sortant comme une grande superproduction de Noël, comme une sorte d’Ocean Twelve !
Propos recueillis par Fabrice Leclerc
ericjeanloicbreton |
| 2003-05-31 13:04:45
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Samedi 31 mai 2003
STEPHEN FREARS
PORTRAIT DU FILM FRANCAIS
Stephen frears
Réalisateur
Entre Monkeyface, le film hollywoodien qu’il tournera à l’automne avec Catherine Zeta Jones et Michael Douglas, Blair and Brown, une fiction pour Channel 4 qui évoquera la lutte de pouvoir au sein du parti travailliste avant les élections de 1996 et Dirty Pretty Things, prochainement sur nos écrans, qui décrit Londres d’une manière assez particulière, Stephen Frears est sur tous les fronts.
On ne parle que de Monkeyface, votre prochain film hollywoodien avec Catherine Zeta Jones et Michael Douglas, et pourtant, vous vous apprêtez à filmer Blair and Brown, une fiction pour Channel 4 qui retrace pour la première fois la lutte de pouvoir au sein du parti travailliste juste avant les élections de 1996.
Oui, c’est un projet que Channel 4 m’a proposé. Le jeune scénariste, Peter Morgan, a fait du beau boulot. David Morrissey et Michael Sheen vont jouer les rôles titres. L’action se déroule en 1993 et 1994 et se penche sur la question du pouvoir politique et de sa mécanique. Qui de Brown, actuel chancelier de l’Échiquier, et de Blair, tous deux à peine 40 ans à l’époque, va l’emporter dans la course au pouvoir ? Même si l’on connaît aujourd’hui la réponse, découvrir comment cela s’est passé sera très intéressant.
Blair and Brown sortira-t-il dans les salles comme votre dernière fiction télé Liam qui a même concouru au Festival de Venise 2001 ?
Non, je ne pense pas. Seuls les Britanniques ou des férus de politique anglaise risquent d’être intéressés par ce film. Je ne le tourne pas dans l’optique d’instruire quelqu’un qui n’y connaîtrait rien. Beaucoup d’informations devraient être déjà connues du spectateur.
Vous commencerez à tourner Monkeyface alors que Dirty Pretty Things sortira sur les écrans français. De quoi s’agit-il ?
Catherine Zeta Jones, que j’avais dirigée dans High Fidelity, et Michael Douglas, que je connais peu, sont venus me trouver avec ce scénario de David Harris dont ils détiennent les droits. Et, en tant que producteurs, m’ont proposé de le réaliser. Monkeyface raconte l’histoire d’une grosse escroquerie lors d’une course de chevaux. Catherine et Michael voulaient travailler ensemble depuis longtemps. Or, les deux rôles principaux leur conviennent admirablement. Le problème est que nous ne tournerons pas aux États-Unis alors que l’histoire s’y déroule. Trop cher ! Peut-être en Afrique du Sud. C’est fou quand on pense au montant du budget [52 M$].
Quand vous ne tournez pas, que faites-vous ?
Je vais au cinéma. De plus en plus souvent d’ailleurs. Je viens de voir Adaptation de Spike Jonze que j’ai trouvé, par moment, vraiment très bon. J’ai hâte de voir Open Hearts de Susanne Bier et L’arche russe de Sokourov qui viennent de sortir à Londres. Je dois cependant dire qu’aller au cinéma n’est plus la même chose. L’expérience que l’on a dans un multiplexe est un peu “tue l’amour”.
Êtes-vous allé à la rétrospective Anthony Asquith du National Film Theatre [cinémathèque britannique] ?
Oh, pas besoin, je connais si bien ses films. J’ai grandi avec. C’était le fils du Premier ministre anglais, un excentrique qui aimait faire la plonge dans les hôtels pour se relaxer après un tournage. The Way to the Stars et The Winslow Boy par exemple, sont des chefs-d’œuvre insoupçonnés. Anthony Asquith est une figure vraiment charmante et attachante du cinéma britannique, peut-être parce qu’il a passé sa vie à cacher son homosexualité.
Vous enseignez également à la NFTS (National Film and Television School), comment jugez-vous la “nouvelle vague anglaise” ?
Tout d’abord, j’essaie d’améliorer la conversation avec les étudiants. Leur connaissance de l’histoire du cinéma est très limitée. Les vieux films ne les intéressent pas. Je ne sais pas si c’est bien ou mal, c’est juste différent de mon temps. À l’époque, nous allions rarement à l’école pour apprendre le cinéma. Nous allions voir les films des autres et l’on apprenait sur le tas. Les jeunes réalisateurs et techniciens du cinéma actuels sont en fait terrifiés de se retrouver au chômage. Et quand ils ont du succès, ils ne rêvent que de partir à Hollywood. Je ne les blâme pas, bien au contraire. C’est comme ça. Regardez notre Premier ministre, Tony Blair, lui aussi est fasciné par les États-Unis !
Vous avez été premier assistant en 1966 de Karel Reisz sur Morgan, A suitable Case for Treatment, avec Vanessa Redgrave et David Warner, était-ce votre école à vous ?
Oui, on peut dire ça. C’était la première fois que je mettais les pieds sur un plateau de cinéma ! J’avais en fait appris le cinéma, d’abord tout seul, en dévorant tous les films de l’époque. Ensuite, Karel Reisz et Lindsay Anderson ont été mes pères de cinéma. Je suis encore sous le choc de la mort de Karel en novembre dernier. Tous les deux ont libéré le cinéma anglais. D’ailleurs, leur cinéma s’appelait le “Free Cinema”. Pour la première fois, les Britanniques se voyaient vivre sur grand écran. Sans fioritures. Leur mouvement politico-cinématographique pour lequel ils avaient même écrit un manifeste n’a pas duré plus de trois ans, mais leurs films ont changé à tout jamais le visage du cinéma anglais. L’optimisme de ces années était incroyable. Aujourd’hui, c’est plus difficile. La Grande-Bretagne est à la fois morte et vivante. Un drôle de mélange.
Est-ce ce que vous avez voulu décrire dans Dirty Pretty Things ?
En un sens, oui. Londres vit grâce à ses étrangers, sinon la ville serait morte. Mais nous nous penchons que très rarement sur la vie de ces étrangers. On ne sait pas vraiment ce qu’ils font mais sans eux, la ville ne fonctionnerait pas. Choisir trois acteurs [Audrey Tautou, Sergi Lopez et Zlatko Buric] qui ne parlaient pas l’anglais a été un sacré défi pour moi. Ils s’en sont très bien sortis d’ailleurs.
Vous avez le talent pour découvrir les acteurs qui s’avéreront les plus importants de leur génération comme Gary Oldman, Daniel Day Lewis, et récemment Chiwetel Ejiofor.
Je ne les ai pas découverts, ils étaient là, soit au théâtre ou à la télévision. Je leur ai peut-être donné l’occasion de se faire connaître davantage. En fait, pour moi, l’acteur est au centre de tout. C’est avec lui, ou elle, que mes films prennent vie. Le casting d’un film est une des phases les plus excitantes pour moi. Je m’engage tellement auprès de mes acteurs que les quitter après la fin d’un tournage m’est insupportable.
Propos recueillis par Agnès Catherine Poirier
ericjeanloicbreton |
| 2003-05-31 13:03:53
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